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La zone intertidale ou zone de balancement des marées, correspond à l’étage médio-littoral et au supra-littoral celui-ci pouvant atteint par les marées de vives-eaux, y supportant une humectation d’embruns rythmés par la marée. Le milieu marin y subit les plus grandes variations de ses conditions physico-chimiques. Les bandes côtières de l'Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord passent alternativement du domaine marin au domaine terrestre selon un rythme biquotidien auquel les espèces vivant dans cette zone sont adaptées. La durée de l'exondation, liée à l'amplitude des marées, est le facteur majeur agissant sur la vie dans ce milieu; elle y provoque dessication et déshydratation des organismes et en détermine la température et la lumière. Les conditions de vie dépendent aussi de la nature du substrat, différant sensiblement selon que celui-ci est meuble (graviers, sables, vases) ou dur (roches).
I) Le cadre de vie 1) Un milieu dominé par la marée a) Fondements cosmiques et physiques de la marée Le caractère cyclique de la marée résulte de la superposition de 3 composantes rythmiques, chacune étant déterminée par des facteurs cosmiques (positions relatives de la terre, de la lune et du soleil) La première composante, dite " semi-diurne régulière ", est liée au mouvement apparent de la lune et à l'attraction qu’elle exerce sur la pellicule océanique. C’est l'élément essentiel des oscillations, les deux autres n'apportant que des modulations à ce mouvement principal. Elle se manifeste deux fois par jour (période=12h25 ), l'arrivée de " l'onde de marée " en provenance de l'Atlantique provoquant sur tout le littoral une élévation du niveau de l'eau (" flot " ou marée montante) ; après une " étale de pleine mer" qui n'excède pas une heure, la mer se retire ("jusant" ou marée descendante) pendant six heures et le cycle recommence. D'une marée à l'autre, la variation du niveau de la mer (amplitude, ou marnage) est sensiblement la même, mais le mouvement se décale progressivement de jour en jour car sa périodicité est un peu différente de celle des jours solaires (24h50 au lieu de 24 h). Le second rythme est sensible sur une durée de plusieurs jours et sa période coïncide avec celle du cycle lunaire. Lors de la pleine lune ou de la nouvelle lune, l'amplitude des marées est la plus grande (marées de "vive-eau"), elle passe par un minimum (marées de "morte-eau") au voisinage du premier ou du dernier quartier. L'augmentation de l'amplitude constitue le " revif " de la marée, le "déchet " (ou "baisse") correspond à sa diminution dont témoigne l'étagement des laisses de mer successives, abandonnées chaque jour un peu plus bas sur le rivage. Le troisième rythme est saisonnier. Lors des équinoxes, les marées atteignent des niveaux exceptionnels; aux solstices, l'amplitude varie de façon plus discrète entre deux “vive-eau” successives. Cours de Marie Gillon - 2 Les variations de l'amplitude des marées se mesurent localement par la hauteur d'eau subsistant au-dessus du niveau des plus basses mers possibles ("zéro des cartes"); le marnage de 4 à 5m en vive-eau moyenne sur les côtes atlantiques, variant d'un lieu à un autre en fonction des conditions locales et surtout de la configuration du bassin On a défini, pour quantifier les variations d'amplitude, une échelle théorique dont les valeurs ou coefficients sont comprises entre 20 (amplitude la plus faible) et 120 (amplitude exceptionnelle). b) Conséquences écologiques de la marée Les oscillations périodiques du niveau de la mer délimitent sur l'estran une succession de bandes parallèles au rivage, caractérisées par l'importance relative des durées d'émersion et d'immersion. Les organismes littoraux étant, pour la quasi-totalité d'origine marine, ils auront d'autant plus de mal à survivre sur l'estran qu'ils seront émergés plus longtemps, à moins qu'ils ne disposent de mécanismes perfectionnés leur permettant de résister pendant qu'ils sont hors de l'eau. Dans les horizons supérieurs que la mer n'atteint que très exceptionnellement (coefficients >115), le temps d'émersion est voisin de 100% ; seuls les embruns humectent le substrat, peu d'organismes marins peuvent supporter les conditions y régnant. C'est la frange supra-littorale, presque nue et pauvrement peuplée. Au-dessous des pleines mers de vive-eau (coefficients voisins de 100, temps d 'émersion < 90%) commence l'étage médio-littoral: ses horizons supérieurs sont encore soumis à des exondations importantes, mais l'ensemble de l'étage est richement peuplé ; ses habitants supportent bien l'émersion mais ont besoin du retour régulier de la mer. Ils subissent quotidiennement de grandes variations de leurs conditions de vie. En bas de plage les émersions sont de plus en plus rares et de plus en plus brèves. Les peuplements comportent des espèces mal protégées contre la dessication. C’est l’étage infra-litorral dont seule la frange supérieure affleure pendant les basses mers de “vive-eau”. Il va en profondeur jusqu’à 15-20m, tant que la lumière disponible est suffisante pour le développement d'un couvert végétal dense. c) Conséquences biologiques de la marée L’étagement des peuplements littoraux: bien que le niveau bathymétrique des étages puisse varier selon les paramètres locaux (agitation ou limpidité de l'eau etc.), ils confèrent aux rivages une physionomie caractéristique. La marée étant un phénomène rythmique, il en résulte des rythmes biologiques ou rythmes tidaux liés et/ou associés à d’autre, correspondant à une alternance régulière d'activité et d'inactivité. Celle-ci repose, selon les organismes, sur une simple réponse exogène au phénomène tidal ou sur un rythme endogène. On distingue alors plusieurs influences de la marée : 1. Rôle des vagues de pleine mer : Chez Littorina neritoides (Gastéropode à larve planctonique et à vie adulte à l'horizon supralittoral), ce n'est que lorsque les vagues des pleines mers de marée sizigiale arrivent à mouiller l'horizon supralittoral que les femelles déchargent dans l'eau leurs capsules ovulaires. Des populations de Littorines vivant à Plymouth, sur une jetée du port, en condition d'immersion presque continue, suivent encore un rythme tidal, ne libérant leurs oeufs dans l'eau qu'au moment des pleines mers, ce qui montre l'existence d'un rythme tidal endogène. 2. Rôle du rythme respiratoire en relation avec les marées : Chez de nombreux animaux intertidaux, on a démontré l'existence d'un rythme respiratoire en relation avec les marées, la consommation d'oxygène atteint son maximum en période de pleine mer. Ce rythme peut continuer des semaines, voire des mois, lorsque les animaux sont placés en aquarium sans marée. 3. Rythme tidal simple : Le retrait des tentacules chez Actinia aequina (Tomate de mer) semble du à une adaptation directe au rythme tidal. Le découvrement de l'animal par l'eau entraîne la réaction protectrice de l'animal. Cours de Marie Gillon - 3 4. Rythme tidal et rythme nycthéméral : Le rythme nycthéméral d'activité chez Actinia aequina serait de type exogène : en effet, l’animal étend ses tentacules à l'obscurité, et devient inactif à la lumière. Ce rythme serait un phénomène général sur lequel le rythme tidal s'inscrit en tant que phénomène secondaire. 5. Coïncidence de rythmes tidaux sur la mobilité, la consommation d'oxygène, l'expansion des mélanophores avec maximum pendant la basse mer : Chez plusieurs espèces américaines de Crabes dont ceux du genre Uca, actives pendant la basse mer, on a démontré ces différentes coïncidences. Tous ces phénomènes ont un maximum en période de basse mer, mais ils s'inscrivent à leur tour sur des rythmes nycthéméraux, dont la coïncidence positive avec le rythme tidal peut entraîner une exagération des phénomènes, tandis que leur rencontre en phase contraire peut les estomper. Chez les Uca dont les mélanophores s'étalent, leur couleur devenant plus foncée au moment de la basse mer comme sous une luminosité intense, une basse marée diurne peut les conduire à avoir une livrée foncée, une basse mer nocturne (ou une pleine mer diurne) détermine l'établissement de teintes claires, mais non un éclaircissement maximal tel qu'il peut se réaliser lors de la pleine mer nocturne. Ces interrelations traduisent l'écologie de ces Crabes à activité diurne et menant une vie semi-terrestre. D'autres Crabes intertidaux sont au contraire nocturnes et franchement aquatiques dans leur écologie. L'activité de Carcinus moenas (crabe vert) se déroule surtout la nuit. Elle est exaltée si la pleine mer survient la nuit, et déprimée tant en basse mer nocturne qu'en pleine mer diurne. Il faut des semaines de maintien en aquarium sans marée pour que s'estompe un rythme d'activité non seulement nycthéméral, mais dérivant chaque jour de 50 minutes environ, donc d'origine nettement tidale, même pour des Crabes venant d'un bassin fermé pratiquement soustrait au jeu de la marée. L'espèce méditerranéenne, Carcinus mediterraneus, vivant sur des côtes où la marée est peu appréciable, ne présente au contraire que des rythmes nycthéméraux d'activité, à période de 24 h, sans dérivation journalière de type tidal. 6. Rythme circatidal = rythme dont la périodicité est voisine de celle de la marées : Des traitements thermiques permettent de réactiver un rythme endogène circatidal chez des Carcinus moenas des côtes anglaises élevés en l'absence de marée. Le résultat est le même en replaçant ces animaux dans la zone intertidale. Les mêmes expériences réalisées sur Carcinus mediterraneus donnent des résultats différents: seul subsiste un rythme circadien. La spéciation a modifié à la fois la morphologie et le fonctionnement de l'horloge interne. 7. Il existe souvent une interférences entre les deux types fondamentaux de rythmes endogènes, circadiens et circatidaux chez des animaux et végétaux des zones de marées : Les migrations verticales de la Diatomée psammicole Hanlzschia virgala se font verticalement. Elles remontent vers la surface par basse mer diurne, mais jamais par basse mer nocturne. Ce comportement serait dû à l'influence réciproque des deux rythmes. La remontée des Diatomées (et d'autres microbenthontes) à chaque marée basse est l'expression d'un rythme circatidal. Elle serait en partie inhibée pendant la nuit à cause du blocage des migrations phototactiques dont la rythmicité est circadienne. Les manifestations phototactiques positives sont à l'inverse exaltées le jour, mais la rythmicité circatidale a alors des effets inhibiteurs qui s'opposent au développement de ces manifestations en dehors des phases de basse mer. Le mécanisme synchroniseur du rythme est moins clair pour quelques Crustacés intertidaux : c'est notamment le cas des Amphipodes et des Isopodes, habitant de fonds sableux. Ces espèces parcourent la zone interdidale, en suivant la marée, c'est-à-dire qu'ils regagnent la plage avec la marée montante pour s'enfouir dans le sable et recommencent à nager librement dès que la marée descend, ce qui leur permet d'éviter de rester à sec dans la plage découverte. L’activité motrice de ces Crustacés présente des maximums qui coïncident avec le début de la phase de marée basse. Cours de Marie Gillon - 4 8. Rôle des mouvements des vagues : Chez l'Isopode Exocirolana chiltoni, particulièrement sensible aux stimuli mécaniques, les mouvements des vagues exerceraient une action synchronisatrice des rythmes d'activité. Les Amphipodes ont une barysensibilité précise, et les variations de pression hydrostatique joueraient le rôle de synchroniseurs. Chez l'Amphipode d'eau peu profonde Corophium volutator, une diminution de la pression provoque l'activité de nage, plus actifs par basse mer, ils peuvent plus facilement abandonner le substrat sur le point d'être découvert. Chez d'autres Amphipodes, la réaction est inverse, c'est l'augmentation de pression hydrostatique qui déclenche l'activité maximale. Cette réaction, dite “régulatrice” se retrouve chez des benthontes d'eau peu profonde, placés dans des conditions éloignées de l'optimalité écologique dans une eau trop profonde par pleine mer. 9. Influence synchronisatrice des variations de salinité : Chez des Crevettes Penoeidoe des côtes atlantiques américaines, on a mis en évidence l'influence synchronisatrice des variations de salinité. Le reflux est lié à une diminution de la salinité due à l'importance des eaux douces continentales le long des côtes, et le phénomène inverse se produit à proximité de lagunes sursalées. Chaque stade vital a sa propre halosensibilité, parfois capable d'apprécier des variations faibles de l'ordre de 1/1000, ce qui permet aux premiers stades post-larvaires de gagner la zone côtière et aux stades suivants de se déplacer vers le large. 10. Rythme tidal qui porte sur le taux de filtration de l'eau (exemple des Moules Mytilus catiornianus et Mytilus edulis : non superposé à un rythme circadien, il est indépendant de la température et la lumière. Au laboratoire, ce rythme persiste plusieurs semaines, en phase avec le rythme de la localité d'où sont originaires les Moules. Transportés sur une côte à formule tidale différente, leur rythme physiologique s'y adapte. Ce comportement semble la résultante de l'adaptabilité d'un rythme endogène indépendant aux manifestations des rythmes des facteurs environnants. -Rm- Certaines exceptions apparentes peuvent s'expliquer sur des bases phylogéniques. Pour le Décapode Callinectes sapidus ayant des rythmes tidaux semi-diurnes même lorsqu'il vit sur des côtes où la marée suit un cycle diurne, l’explication se retrouverait dans le fait que la plus grande partie de l'habitat typique de Callinecles s'étend sur des zones à marées semi-diurnes. -chez Ostrea virginica, on aurait une influence synchronisatrice des phases de gravitation lunaire et non de la marée elle-même. Si le rythme originel persiste longtemps quand les Huîtres sont éloignées de leur grève, celui-ci montre ensuite une tendance à se synchroniser avec les phases lunaires locales, même si les animaux sont loin de la côte.
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